Ce texte est posté ici puisque c’est exactement pour ce genre de publication que le blog inter-fanzinothèques a été créé : partager plus largement des recherches et des informations, ainsi que ne pas être lié à une structure/institution, mais à un collectif, un réseau. Si le blog Histoire(s) de fanzine s’est terminé, c’est qu’il était lié à mon travail à la fanzinothèque du Bunker à Bruxelles et que je n’y suis plus.
Le texte actuel a été épuré légèrement pour se focaliser sur l’essentiel.
Bonne lecture.
Niko (janvier 2025)

Izabeau présentant son ouvrage lors de la 2ème Université d’été du fanzine à la fanzinothèque française. Aout 2022. Ce fut alors notre première rencontre, que nous continuâmes donc Bruxelles quelques mois après.
Comment es-tu rentré en contact avec les fanzines et comment en as-tu fait ton objet d’étude universitaire?
Mon premier contact avec les zines s’est fait par le zine militant politique, surtout anarchiste et féministe, en 2012. Cette année-là il y a eu, au Québec, un énorme mouvement social (appelé par les médias, avec beaucoup de mauvais goût, le « Printemps érable », en référence au Printemps arabes de l’année précédente […]). Une grève étudiante à l’échelle nationale (du Québec) était à la fois l’instigateur et le centre de la mobilisation, et les zines politiques circulaient en grand nombre dans les cafés et les associations étudiantes à l’époque.
Au cours des années suivantes, j’ai découvert toute la diversité des zines : zines littéraires et zines de bande dessinée d’abord, zines autobiographiques (perzines ou égozines), zines de photo, d’illustration, ou de design graphique, zines de musique et zines punks « à l’ancienne », zines d’art proches du livre d’artiste, etc.
En 2017, j’ai commencé une maitrise en études littéraires, avec un mémoire portant sur la scène du zine de Montréal, qui a fini par donner le livre La scène du zine de Montréal, dans une version largement retravaillée. Le livre est édité par un acteur du milieu, L’Atelier universel, qui publie et imprime à la fois des zines et des livres depuis 2014. C’est la première étude d’envergure sur le fanzinat au Québec.
Je travaille maintenant toujours sur les zines au doctorat. Ma thèse porte plutôt sur l’histoire des zines et de leur rapport à la politique. Mon approche est passée du local au global : trois aires linguistiques (anglophone, francophone, germanophone), de la naissance du médium dans le fandom de science-fiction américain des années 1930 jusqu’à aujourd’hui. Mon objectif est un peu de consolider les études sur les zines, un domaine de recherche qui se développe rapidement depuis environ 25 ans, surtout aux États-Unis, mais aussi dans la recherche en français.
C’est dans le cadre de mon travail pour le doctorat – un terrain de recherche en France, en Belgique et en Allemagne, environ 6 mois – que j’ai visité la Petite fanzinothèque belge.
Et au Québec comment ça se passe?
Contrairement à la Belgique ou la France, il n’y a pas de grande fanzinothèque au Québec. L’ « institution » locale qui s’en rapproche le plus se veut comme un centre d’archives (plutôt que comme une bibliothèque) se donnant comme mandat de promouvoir et de préserver la culture indépendante, dont les zines : Archive Montréal (ARCMTL).
ARCMTL a été fondé en 1998 par plusieurs artistes, éditeur.ices de zines et de maisons d’édition indépendantes. On compte, parmi les membres fondateurs et fondatrices, quelques grands noms du fanzinat et de la petite édition au Québec : Simon Bossé (Mille putois), Benoit Chaput (L’Oie de Cravan), Julie Doucet, Billy Mavreas (Monastiraki), ou Louis Rastelli, qui tient toujours la barre du navire 25 ans plus tard. Comme la Petite fanzinothèque belge, ARCMTL organise un festival, Expozine, à chaque année depuis 2002. Et comme pour la Petite fanzinothèque belge et son festival aux mille noms (!), Expozine sert d’outil pour à la fois promouvoir et conserver le fanzinat montréalais. C’est lors du festival qu’une bonne partie des acquisitions pour la collection d’ARCMTL sont faites.
Aujourd’hui, ARCMTL organise également une grande foire d’arts imprimés (Grande), ainsi qu’une foire de livres d’art et de livres d’artistes (Volume), et joue donc un rôle particulièrement important pour l’édition hors-norme à Montréal et au Québec.
On peut finalement rajouter que, contrairement à ce qui se fait en Belgique, ARCMTL et les nombreux événements qu’il organise sont bilingues. Depuis les débuts d’Expozine en 2002, l’organisation tient à maintenir, autant que possible, une parité francophone/anglophone chez les exposant.es. On trouve d’ailleurs, tant à Expozine que dans les collections d’ARCMTL, des publications non seulement du Québec mais du reste du Canada, et des États-Unis,
Interview réalisé en 2022 par Niko